Elisabeth Wadecki
Elisabeth Wadecki est née à Zürich de père polonais et de mère française. Elle vit et travaille depuis plus de 35 ans dans la région nantaise. Après un bac scientifique, elle se forme cinq années à l’Ecole Nationale des Beaux-Arts de Nancy en section Art, y pratique le dessin de nu, la gravure, la photo et l’installation. Au cours de ses études se dessine son métier de costumière exercé durant 20 ans tant pour le théâtre que pour la danse. Mais aussi, durant 5 ans, Elisabeth a été également créatrice textile de pièces uniques inspirée du obi japonais ; ceintures de geisha. Depuis 2007, seule demeure son activité d’artiste qu’elle partage entre la peinture et l’installation.
La fluidité des possibles par Bertrand Charles - Critique d'art
Elisabeth Wadecki s’imprègne des vibrations d’un paysage en perpétuelle transformation — celui des marais de la presqu’île de Rhuys. Par superpositions, transparences, ajouts et retraits, elle conçoit des œuvres où l’opacité et la matité de la toile jouent avec le caractère translucide et satiné du calque. Ces jeux de matières, ces recouvrements successifs en appellent aux flux et reflux des marées. Comme un estran toujours changeant, les surfaces colorées s’étalent, s’étirent ou s’épaississent dans un jeu sémantique avec le phénomène de laisse de mer. Le geste joue des fluidités du médium acrylique dans un art du laisser-faire quand il faut accompagner l’évaporation de la masse infime d’une couleur, ou l’épaississement d’une autre.
Davantage que le motif de l’onde, Elisabeth Wadecki en capte la vibration, la fluidité, la lumière. Bien qu’ancrée dans une réalité tangible — la palette est naturaliste — il faut voir l’œuvre comme l’affirmation de la peinture, de la couleur elle-même. Ceci constitue une abstraction narrative qui rejoint l’abstraction figurante de Johan Mitchell. Les deux artistes partagent une gestuelle appuyée dont la grande sensibilité rend visible cette part du monde qui échappe à nos sens.
Pour que son geste se déploie, Elisabeth Wadecki délaisse pour un temps l’épaisseur du châssis pour un montage plus ténu dont la subtilité permet à l’œuvre de respirer et de la faire gagner en présence. Les toiles libres s’offrent au regard dans un tombé quasi hiératique qui leur donne paradoxalement une force nouvelle. En offrant une verticalité à la fragile étendue du golfe du Morbihan, Elisabeth Wadecki invente un espace de résonance où prend forme l’impermanence de ce paysage.
LE PROJET ARTISTIQUE RESIDENCE LE FAN Nantes 2024
Au cours de sa résidence du FAN au Lieu Unique à Nantes, Elisabeth WADECKI poursuit ses recherches sur une « peinture installée » et appréhende sa dernière série de peinture découpée à travers de très grands formats. Ce changement d’échelle exige de l’artiste une nouvelle articulation dans tout ce « marcottage » de matériaux (calque, toile, papier chinois et non-tissé), dans toutes ces dissonances picturales, pour trouver une circulation plastique cohérente. Et c’est ce système d’assemblage qui en soi constitue un intérêt pour l’artiste.
Parallèlement, elle choisit d’explorer des zones d’inconfort pour elle, nouveaux formats, outils et supports pour développer plus avant son système de narration modulable, cette fois sur toile et châssis sur la base de deux formats (65×130 et 80×130).
Sa peinture et ses installations se font l’écho de ses préoccupations existentielles, d’un monde fragile en mutation et peut-être , par extension, d’une peinture menacée ?…